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QUARANTE-SIXIEME SESSION DE LA
C
ONFERENCE INTERNATIONALE DE L'EDUCATION


«L'éducation pour tous pour apprendre à vivre ensemble »:
contenus et stratégies d'apprentissage - problèmes et solutions


         Genève, 5-8 septembre 2001       
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Cadre de référence

L’éducation reste partout un chantier permanent, largement ouvert, où les réussites côtoient de façon récurrente les échecs et les insuffisances. Le récent Forum de Dakar l’a bien montré et a d’ailleurs fait de cette constatation une sorte de leitmotiv :« bien que beaucoup de progrès aient été réalisés vers l’objectif de l’EPT, beaucoup reste à faire »

Dix constats et réflexions 

1.
2.
La globalisation et la mondialisation pourraient aussi faire peser sur le monde la menace d’une uniformisation culturelle.
3.
Quantitativement, la démocratie a progressé au cours des dernières décennies.
4.

Mais les avancées démocratiques n’ont pas toujours réussi à instaurer ou maintenir la paix.

5.

Le développement rapide des TIC au cours des dernières années pose également à  l’éducation des problèmes nouveaux et très complexes.

6.
Les sciences en général - et les sciences de la vie en particulier – évoluent très rapidement.
7.

Quantitativement, la scolarisation a progressé.

8.

Dans certains pays ou régions, des progrès ont été réalisés en matière de réduction des 
inégalités.

9.

Sur le plan financier, les pays investissent globalement plus que par le passé pour
 l’éducation.

10.
Malgré les progrès enregistrés et les investissements consentis, la question de la qualité de l’éducation et de la pertinence des apprentissages reste un problème préoccupant dans toutes les régions du monde.


Renforcer le dialogue et renouveler notre approche

Face à ces réalités et à ces questions préoccupantes pour l’avenir de l’humanité, l’éducation est directement interpellée car elle peut et doit « faire la différence ». Il est possible d’améliorer sa qualité si l’on s’attaque énergiquement et rapidement aux vrais éléments de son dysfonctionnement et de ses insuffisances. L’on connaît assez bien un certain nombre des ajustements ou même des changements de cap qui s’imposent, ainsi que les leviers sur lesquels il faut agir.

Il faut réfléchir encore et surtout agir sur les éléments-clés qui déterminent ou influencent la qualité. Parmi ceux-ci, l’amélioration de la compétence des enseignants et de leurs conditions de travail vient sans doute en première ligne. Mais elle restera inopérante si l’on ne réforme pas en profondeur les contenus, les curricula, les méthodes, les structures et les moyens d’enseignement. Et si on avance sur le plan du dialogue politique, en vue d’une meilleure articulation de l’éducation avec les politiques de développement et une meilleure pédagogie, on avancera également, petit à petit, pour trouver des ressources suffisantes.

De nombreuses expériences – réussites et échecs – existent dans le monde. Les rassembler, les analyser, les faire connaître, les discuter, pour qu’elles nourrissent la réflexion et l’action et qu’elles régénèrent le contenu et les méthodes du dialogue aussi bien au niveau politique qu’à celui des écoles, des enseignants et de la société civile, tels sont le rôle et l’ambition de l'UNESCO et du BIE. Les amener sur la scène internationale pour les partager et en tirer profit : telle sera la vocation fondamentale de la 46e session de la CIE. Car, si la responsabilité première incombe bien à chacun des Etats, il existe aussi une responsabilité internationale pour l’amélioration de la qualité de l’éducation dans le monde.

Nous entendons ainsi répondre à la fois aux exigences de ce début de XXIe siècle, aux besoins exprimés par les Etats et au message de M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO, après le Forum de Dakar : « A l’évidence, ce n’est pas un message de satisfaction. Au contraire, c’est un appel au réveil et une invitation à agir de manière urgente et efficace ».


Dix constats et réflexions

1.
La mondialisation, dont la globalisation économique est le symbole le plus évident, a un impact puissant sur les pays développés et en développement. Mais l’actualité montre régulièrement qu’un vrai débat et un dialogue sur ces questions sont très difficiles et débouchent régulièrement sur des affrontements. Certains soulignent les effets potentiellement positifs de la mondialisation : l’accès de tous à des marchés sans frontières, l’augmentation des échanges, l’accroissement des capitaux, etc. D’autres insistent sur les risques dont elle est porteuse : dérégulation des marchés, prédominance de l’économique sur le politique, élargissement du fossé entre riches et pauvres, remplacement d’une « économie de marché » par une « société de marchés », affaiblissement du rôle régulateur de l’Etat dans le domaine des politiques publiques (éducatives, sociales, sanitaires, etc.).
 
2. La globalisation et la mondialisation, prioritairement synonymes d’ouverture, pourraient aussi faire peser sur le monde la menace d’une uniformisation culturelle, qui mettrait en danger la diversité des cultures ou risquerait, selon certaines études, d’aboutir au repli identitaire et nationaliste, avec comme corollaires l’intolérance et le refus des autres cultures. Il en va de même pour les langues, dont on connaît l’importance pour la formation et l’affirmation de l’identité culturelle des individus et sa valeur comme instrument de communication ; de nombreuses études montrent qu’il y a une corrélation positive entre langue parlée/langue d’enseignement et réussite scolaire. L’on sait enfin quel rôle important, les langues et l’éveil aux autres langues pourraient jouer dans le domaine de la compréhension interculturelle, du dialogue et de l’apprentissage du « mieux vivre ensemble ».
 
3. Quantitativement, la démocratie a progressé au cours des dernières décennies. « Le nombre d’Etats dont les dirigeants sont élus selon des systèmes de partis et de candidatures multiples est passé de 22 en 1950 à 119 en 2000 ».(1) Des avancées importantes ont été enregistrées dans plusieurs pays ou régions, en termes d’équité et de qualité, grâce à une meilleure implication des communautés et des citoyens dans le processus éducatif. Mais la démocratisation, en de nombreux endroits, n’a pas toujours abouti à une meilleure qualité de l’éducation, à une plus forte cohésion sociale et à un « mieux vivre ensemble » ; l’éducation non plus, d’ailleurs, puisque l’on constate souvent un parallélisme étroit entre fracture scolaire et fracture sociale.
 
4. Mais les avancées démocratiques n’ont pas toujours réussi à instaurer ou maintenir la paix. Au cours des dernières années, des guerres civiles meurtrières, des conflits ethniques, le racisme et la xénophobie, la violence ont été le lot de nombreux pays, sur tous les continents. Fait plus troublant et inquiétant : un fort taux de scolarisation de la population n’a pas été à même d’éviter ces drames . « L’Institut de recherches pour la paix d’Oslo (IRPO), qui recense les conflits, a montré que les années quatre-vingt-dix avaient connu nombre de conflits armés (98 entre janvier 1990 et décembre 96) et qu’il s’agissait avant tout de guerres civiles, et non pas de guerres entre Etats ». D’après l’IRPO, elles se caractérisent par un certain nombre d’éléments régulièrement associés comme la pauvreté, la dégradation des terres, le manque d’eau douce disponible, une forte densité de population, une dette extérieure très lourde, une chute des revenus provenant de l’exportation, etc».(2) Il apparaît ainsi que les pays pauvres sont aussi les plus vulnérables. Mais la réalité montre par ailleurs que des conflits et des guerres ouvertes existent également dans des régions ou des pays économiquement développés et dotés d’un système de démocratie libérale.
5. Le développement rapide des TIC au cours des dernières années (l’Internet ou le multimedia n’ont pas fait partie des discussions à Jomtien, il y a seulement une décennie) pose également à l’éducation des problèmes nouveaux et très complexes. Les TIC pourraient constituer un potentiel énorme d’amélioration de l’accès et de la qualité de l’éducation : possibilité de vaincre les distances géographiques, d’autonomiser l’apprentissage, de former les enseignants, d’accéder à une information planétaire dans tous les domaines. Elles apparaissent de plus en plus comme une nécessité dans le contexte de sociétés où les changements rapides, l’accroissement des connaissances et les exigences d’une formation de niveau élevé et constamment à jour deviennent une exigence permanente. Mais les TIC élargissent aussi le fossé entre ceux qui ont déjà accès à l’éducation et ceux qui ne l’ont pas. « Dans les pays pauvres, et dans les conditions actuelles, ces technologies peuvent ne pas être disponibles ; mais paradoxalement, la nouvelle réalité pour ces pays est qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas les utiliser pleinement » !(3)
 
6.

Les sciences en général - et les sciences de la vie en particulier – évoluent très rapidement. Etre « scientifiquement alphabétisé » devient une nécessité absolue à notre époque, non seulement pour acquérir une méthode de travail ou développer sa pensée mais surtout pour comprendre et mieux maîtriser le monde qui nous entoure. De plus, les progrès scientifiques ont une dimension éthique de plus en plus évidente et constituent souvent un enjeu de société, sur lequel les citoyens seront amenés à se prononcer plus souvent. Des initiatives intéressantes existent déjà, qui visent à « rapprocher la science de la cité » et le monde des scientifiques de celui des citoyens. Il apparaît en fait qu’une éducation scientifique, favorisant les choix critiques et éclairés, devrait constituer un élément central d’une véritable éducation à la citoyenneté démocratique au XXIe siècle.

 
7. Quantitativement, la scolarisation a progressé. Le nombre d’enfants non scolarisés a en effet diminué, passant de 127 millions en 1990 à 113 millions en 1998. Mais si les progrès ont été très sensibles dans certains pays ou certaines régions, dans d’autres, par contre, l’accroissement de la population, ajouté à des facteurs socio-économiques et pédagogiques complexes, a entravé le processus d’accès. Surtout, comme le Forum de Dakar l’a rappelé, ce sont avant tout les jeunes filles et les femmes qui en sont les victimes. A titre d’exemple, sur les 113 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école, les 2/3 sont des filles. 
 
8. Dans certains pays ou régions, des progrès ont été réalisés en matière de réduction des inégalités (sexe, santé, groupes ethniques, etc.). Mais des disparités importantes subsistent ; elles touchent prioritairement les communautés pauvres ou isolées ou les minorités ethniques. Par ailleurs, de « nouvelles disparités » apparaissent, également dans des pays qui ne sont pas considérés comme pauvres. Dans ce domaine également, ce sont souvent les jeunes filles et les femmes qui apparaissent comme les plus vulnérables.
 
9. Sur le plan financier, les pays investissent globalement plus que par le passé pour l’éducation, même si, dans certains Etats, la diminution du PIB, ajoutée à d’autres facteurs structurels ou conjoncturels et à la fixation d’autres priorités politiques a réduit à néant les efforts d’augmentation de la part allouée à l’éducation. De nombreux pays ont adopté de nouveaux cadres d’action, politiques et législatifs et les ont appuyés grâce à des financements et des ressources supplémentaires. Certains pays, même pauvres, ont fait des progrès substantiels en optimisant l’utilisation des ressources financières disponibles ou en canalisant les ressources issues de l’annulation de la dette vers l’éducation. Malgré tous ces efforts, les ressources investies dans l’éducation continuent de demeurer la plupart du temps insuffisantes. 
 
10. Malgré les progrès enregistrés et les investissements consentis, la question de la qualité de l’éducation et de la pertinence des apprentissages reste un problème préoccupant dans toutes les régions du monde. L’on a pris en particulier conscience du fait qu’à lui seul, un meilleur accès à l’éducation, en l’absence d’une instruction de qualité, était une « victoire creuse ». L’abandon et l’échec scolaire, un taux élevé de redoublement, des contenus, des méthodes et des structures inadaptées, des enseignants en nombre insuffisant, peu ou mal formés et travaillant dans des conditions matérielles difficiles, l’indigence en manuels scolaires et matériels d’enseignement, l’absence ou l’insuffisance d’une évaluation sérieuse de la réussite de l’apprentissage, une gestion inefficace, etc. constituent des facteurs déterminants de la médiocre qualité de l’éducation dans de nombreux pays.

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Dernière mise à jour: 4-09-2002


1. Forum mondial sur l’éducation, Rapport final, UNESCO 2000, p. 32.
2. Susan George , Le rapport Lugano, Traduit de l’anglais (américain) par William Olivier Desmond avec la collaboration de l’auteur, Ed. Arthème Fayard, Paris, 2000, pp. 171-172.Les citations internes proviennent de : Institut de recherches pour la paix d’Oslo, Causes and Dynamics of Conflict Escalation, rapport sur un projet de recherche, juin 1997 ; voir aussi Dan Smith (avec l’IRPO), The State of Ware and Peace Atlas, Penguin, New-York et Harmondsworth, 1997.
3. Forum mondial sur l’éducation, Rapport final, UNESCO 2000, p17.