| Orienter
l’université vers l’entreprenariat
La principale richesse de la
Tunisie est son potentiel humain. Notre pays y a investi
depuis l’indépendance, avec une moyenne annuelle supérieure
à 6% du PIB et au quart du budget de l’Etat.
Aujourd’hui, les indicateurs
et les projections de la Tunisie sont à la mesure de
ses ambitions. Le taux de scolarisation universitaire
des 19-24 ans a atteint 31,7%, alors qu’il n’était que
de 6% en 1987. Il dépassera 50% en 2010. Le taux de
diplômés en sciences et ingénierie (20-29 ans) est de
5,7‰, ce qui dépasse la moitié de l’actuelle moyenne
de l’Union Européenne (10,4‰). Notre taux atteindra
13‰ en 2010.D’autre part, d’ici les cinq prochaines
années, 2/3 des demandeurs d’emplois seront des diplômés
du supérieur. Autant de défis qui sont en même temps
des acquis considérables et des atouts pour la Tunisie,
l’habilitant à fonder son économie de l’intelligence.
Toutefois, l’enseignement supérieur
ne peut avoir de la pertinence que dans la mesure où
il se renouvelle, en s’adaptant aux attentes de la société
et aux exigences de l’innovation. En 2003, le Président
Ben Ali en a balisé la voie par un slogan attrayant
: « faire en sorte que l’université prépare des créateurs
d’entreprises et non des demandeurs d’emplois seulement
».
Orienter l’université vers l’entreprenariat
est le nouveau choix stratégique de l’université tunisienne.
Ce parti pris conduit l’enseignement supérieur à diversifier
les cursus, à introduire les filières innovantes, afin
de préparer les étudiants aux métiers émergents, les
initier aux nouvelles connaissances et technologies
de pointe. Il implique aussi que les universités se
munissent de tous les instruments nécessaires au processus
de création des entreprises. La stratégie de l’enseignement supérieur tunisien
de 2000 a fait de l’employabilité un axe essentiel.
L’objectif majeur était d’articuler l’université autour
de l’emploi, en en réformant l’organisation, en modifiant
les comportements des autorités académiques, des enseignants
et des étudiants. Ce premier pari a été gagné, dans la mesure où
l’employabilité est effectivement érigée en référentiel
de toutes les réformes et des créations d’institutions
universitaires. Ce qui constitue en soi un tournant
qualitatif de taille.
Les quatre dernières années ont cependant montré
que l’employabilité doit être consolidée par la création
effective d’entreprises. Cette création d’entreprises
dans les secteurs innovants est essentiellement le fait
de l’université. La grande ambition de la Tunisie pour
la décennie à venir est de faire en sorte que l’université
devienne une véritable pépinière d’idées novatrices
et de projets utiles.
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L’homme,
alpha et oméga de l’éducation
« L’homme ne peut
devenir homme que par l’éducation. Il n’est
rien que ce que l’éducation fait de lui
». Cette affirmation irrécusable d’Emmanuel
KANT, nous interpelle doublement.
Il y a d’abord le problème du droit
de chacun à l’éducation. Un récent
et alarmant rapport de l’UNESCO situe à
104 millions le nombre d’enfants non scolarisés
de par le monde. C’est –à–dire
autant d’individus privés des moyens nécessaires
à la réalisation des virtualités
dont la nature a doté chaque être humain.
Ce chiffre, globalement insupportable, le devient encore
plus en sachant qu’il cache au moins deux injustices.
La première est que ces damnés de l’humanité
appartiennent, dans leur quasi totalité, aux
régions les plus déshéritées
du village planétaire avec une concentration
inquiétante en Afrique subsaharienne. La seconde
discrimination est celle faite aux filles qui représentent
57 % de ces exclus dont 23 millions d’Africaines.
Quatorze ans après Jomtien (1990) et ses promesses
d’éducation pour tous, nous sommes en droit
de nous demander si notre stratégie était
la bonne et les moyens engagés étaient
à la hauteur du défi à relever.
C’est une banalité
de base qui nous fait insister sur cet aspect…
pour donner aux enfants l’éducation qu’on
souhaite, il faut les avoir sur les bancs de l’école.
A ces deux injustices, il faut
ajouter le fossé qui se creuse chaque jour davantage
entre les systèmes éducatifs les plus
avancés et ceux qui cumulent tous les handicaps.
Le deuxième problème
auquel nous pensons n’ est autre que celui des
contenus de cette éducation et partant du type
d’homme dont l’école a pour mission
de former. En effet, les désordres du monde où
nous vivons, ses volontés de puissance, ses égoïsmes
et « ses identités meurtrières »
nous font craindre pour les principes et les idéaux
énoncés par l’article 26 de la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme et défendus
par l’UNESCO depuis sa création et explicitement
acceptés par tous.
Deux grands défis à
relever donc. Si le premier requiert une solidarité
internationale active et sans faille, le second appelle
une réflexion collective sur les objectifs de
l’éducation et surtout ceux qui touchent
au destin de l’homme, à sa place dans la
nature et aux relations inter-humaines. C’est
à dire tout ce qui permet le passage du particulier
à l’universel. C’est le primat de
l’humain qui doit guider notre réflexion
sur l’éducation de qualité, celle-là
même qui peut répondre aux besoins des
jeunes et à leur engagement en faveur du développement
durable, de la cohésion sociale et de la construction
de la paix ; et ouvrirait peut-être la voie à
une mondialisation à visage humain.
Est-il besoin de dire que nous
demeurons convaincus que l’UNESCO, via le BIE,
est le cadre adéquat où nous pouvons conjuguer
nos efforts, échanger nos expériences
et faire naître l’espoir.
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