Tunisia         print

tunisie

Sadok Chaabane

spacer

Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la technologie

spacer

M. Sadok CHAABANE est docteur d’Etat en Droit Public et Sciences Politiques et agrégé dans les mêmes spécialités.
Après avoir été Conseiller Principal auprès du Président de la République chargé des Affaires Politiques, ministre de la Justice, ministre Conseiller auprès du Président de la République, Chargé de l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques, il est, depuis 1999, ministre de l’enseignement supérieur.
Il est membre fondateur et Président du Club Hannibal et auteur de plusieurs publications :
- « Le droit des organisations internationales » (1985).
- « Ben Ali et la voie pluraliste en Tunisie» (1995)
- « Retour d’Hannibal » (1997) traduit en anglais.
- « Les défis de Ben Ali » (1998) en arabe traduit en français.

spacer

czech

Mohamed Raouf Najar

spacer

Ministre de l'Education et de la Formation

spacer

spacer

Orienter l’université vers l’entreprenariat

La principale richesse de la Tunisie est son potentiel humain. Notre pays y a investi depuis l’indépendance, avec une moyenne annuelle supérieure à 6% du PIB et au quart du budget de l’Etat.

Aujourd’hui, les indicateurs et les projections de la Tunisie sont à la mesure de ses ambitions. Le taux de scolarisation universitaire des 19-24 ans a atteint 31,7%, alors qu’il n’était que de 6% en 1987. Il dépassera 50% en 2010. Le taux de diplômés en sciences et ingénierie (20-29 ans) est de 5,7‰, ce qui dépasse la moitié de l’actuelle moyenne de l’Union Européenne (10,4‰). Notre taux atteindra 13‰ en 2010.D’autre part, d’ici les cinq prochaines années, 2/3 des demandeurs d’emplois seront des diplômés du supérieur. Autant de défis qui sont en même temps des acquis considérables et des atouts pour la Tunisie, l’habilitant à fonder son économie de l’intelligence.

Toutefois, l’enseignement supérieur ne peut avoir de la pertinence que dans la mesure où il se renouvelle, en s’adaptant aux attentes de la société et aux exigences de l’innovation. En 2003, le Président Ben Ali en a balisé la voie par un slogan attrayant : « faire en sorte que l’université prépare des créateurs d’entreprises et non des demandeurs d’emplois seulement ».

Orienter l’université vers l’entreprenariat est le nouveau choix stratégique de l’université tunisienne. Ce parti pris conduit l’enseignement supérieur à diversifier les cursus, à introduire les filières innovantes, afin de préparer les étudiants aux métiers émergents, les initier aux nouvelles connaissances et technologies de pointe. Il implique aussi que les universités se munissent de tous les instruments nécessaires au processus de création des entreprises.

La stratégie de l’enseignement supérieur tunisien de 2000 a fait de l’employabilité un axe essentiel. L’objectif majeur était d’articuler l’université autour de l’emploi, en en réformant l’organisation, en modifiant les comportements des autorités académiques, des enseignants et des étudiants.

Ce premier pari a été gagné, dans la mesure où l’employabilité est effectivement érigée en référentiel de toutes les réformes et des créations d’institutions universitaires. Ce qui constitue en soi un tournant qualitatif de taille.

Les quatre dernières années ont cependant montré que l’employabilité doit être consolidée par la création effective d’entreprises. Cette création d’entreprises dans les secteurs innovants est essentiellement le fait de l’université. La grande ambition de la Tunisie pour la décennie à venir est de faire en sorte que l’université devienne une véritable pépinière d’idées novatrices et de projets utiles.

L’homme, alpha et oméga de l’éducation

« L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est rien que ce que l’éducation fait de lui ». Cette affirmation irrécusable d’Emmanuel KANT, nous interpelle doublement.

Il y a d’abord le problème du droit de chacun à l’éducation. Un récent et alarmant rapport de l’UNESCO situe à 104 millions le nombre d’enfants non scolarisés de par le monde. C’est –à–dire autant d’individus privés des moyens nécessaires à la réalisation des virtualités dont la nature a doté chaque être humain. Ce chiffre, globalement insupportable, le devient encore plus en sachant qu’il cache au moins deux injustices. La première est que ces damnés de l’humanité appartiennent, dans leur quasi totalité, aux régions les plus déshéritées du village planétaire avec une concentration inquiétante en Afrique subsaharienne. La seconde discrimination est celle faite aux filles qui représentent 57 % de ces exclus dont 23 millions d’Africaines. Quatorze ans après Jomtien (1990) et ses promesses d’éducation pour tous, nous sommes en droit de nous demander si notre stratégie était la bonne et les moyens engagés étaient à la hauteur du défi à relever.

C’est une banalité de base qui nous fait insister sur cet aspect… pour donner aux enfants l’éducation qu’on souhaite, il faut les avoir sur les bancs de l’école.

A ces deux injustices, il faut ajouter le fossé qui se creuse chaque jour davantage entre les systèmes éducatifs les plus avancés et ceux qui cumulent tous les handicaps.

Le deuxième problème auquel nous pensons n’ est autre que celui des contenus de cette éducation et partant du type d’homme dont l’école a pour mission de former. En effet, les désordres du monde où nous vivons, ses volontés de puissance, ses égoïsmes et « ses identités meurtrières » nous font craindre pour les principes et les idéaux énoncés par l’article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et défendus par l’UNESCO depuis sa création et explicitement acceptés par tous.

Deux grands défis à relever donc. Si le premier requiert une solidarité internationale active et sans faille, le second appelle une réflexion collective sur les objectifs de l’éducation et surtout ceux qui touchent au destin de l’homme, à sa place dans la nature et aux relations inter-humaines. C’est à dire tout ce qui permet le passage du particulier à l’universel. C’est le primat de l’humain qui doit guider notre réflexion sur l’éducation de qualité, celle-là même qui peut répondre aux besoins des jeunes et à leur engagement en faveur du développement durable, de la cohésion sociale et de la construction de la paix ; et ouvrirait peut-être la voie à une mondialisation à visage humain.

Est-il besoin de dire que nous demeurons convaincus que l’UNESCO, via le BIE, est le cadre adéquat où nous pouvons conjuguer nos efforts, échanger nos expériences et faire naître l’espoir.